07/03/2012

Humeur/analyse: Le contournement de Couvin, un dossier pourri mal barré

Plusieurs nouvelles interpellantes ont garni les médias au cours des dernières semaines, qui portent un mauvais coup au contournement de Couvin. Rappelons-le, celui-ci a été entamé en octobre dernier, quelques jours après le coup de pelle symbolique donné par le futur ex-ministre Lutgen. Il fallait bien qu'il donne une occasion de faire regretter son départ, l'homme de Bastogne appelé à d'autres chantiers.

Ces nouvelles interpellantes sont trois. Trois mots critiques: DAR, sous, goulot. Analyse.


DAR

Un permis d'urbanisme, délivré initialement dans les formes habituelles, a autorisé la construction du contournement de Couvin. Très rapidement, le projet et d'autres ont été confirmés sous le couvert du tout frais DAR, le Décret de l'Autorité Régionale. L'effet: les éventuelles contestations des projets concernés sont soumises à la Cour constitutionnelle et non plus au Conseil d'Etat. La différence? Au Conseil d'Etat ne siègent que des juristes, qui vérifient si la forme des permis est correcte. La Cour constitutionnelle est composée de juristes et de politiques et les questions de fond (par exemple, l'utilité publique d'un projet) sont prises en compte.
Le DAR a été contesté en justice.
La procédure est toujours en cours et aucune décision n'a encore été prise. Elle est attendue dans les mois prochains. Mais des bruits courent, qui tendent à épingler l'irrégularité du DAR.
Si cela se confirme, qu'arrivera-t-il des projets concernés? Deux possibilités...

Première possibilité: les projets adoptés sous l'égide du DAR sont considérés comme valables sur base de l'ancienne procédure. Se pose alors un problème juridique, dans le sens où les éventuelles contestations n'auront pu être portées devant le Conseil d'Etat dans les délais.
Deuxième possibilité: les projets adoptés sous l'égide du DAR sont liés au DAR. Dès lors, si le DAR est remis en question, les projets le sont aussi. Dans le cas d'espèce, cela signifierait la remise en question du contournement de Couvin et la fin prématurée des travaux.

LES SOUS

Le premier coup de pelle du contournement a été donné dans un contexte d'incertitude quant au financement de l'ensemble des travaux.  Rappelons que l'on ne parle pas ici d'un paquet de cacahuètes, mais bien d'une somme de quelque 150 millions d'euros. Or, en septembre, aucun dossier n'était rentré à la Banque Européenne d'Investissement. Ce serait fait aujourd'hui, mais aucune décision n'y a encore été prise. Le financement, à ce stade, reste incertain.
Il l'est d'autant plus que, hier, le Gouvernement wallon a sérieusement émis l'hypothèse de geler la poursuite du contournement de Couvin. "Nous allons profiter de travaux qui ne pourront se réaliser au rythme prévu, pour retarder certains investissements", a déclaré le ministre wallon du Budget André Antoine dans un média francophone. Et celui-ci de poursuivre: le rythme d'exécution du chantier est plus lent que prévu. Tiens, la Région wallonne s'est-elle trompée dans son empressement et dans son estimation de la durée des travaux, bernant ainsi les Couvinois qui attendent le contournement depuis des années?

LE GOULOT

Deux arguments plaident en faveur d'un contournement de Couvin. D'une part, la sécurité des citoyens au centre-ville et d'autre part, le rêve d'une belle grande liaison internationale autoroutière entre Marseille et Rotterdam.

Le premier argument est, incontestablement, sérieux. Il est suffisant, largement, pour justifier un contournement. Mais l'argument ne trouve son plein fondement qu'aux yeux des Couvinois. La preuve: souvenons-nous du lobbying exercé par les camionneurs lorsque le bourgmestre de Couvin a pris un arrêté interdisant le passage des poids lourds par le centre de la ville.
Le second argument vient d'être battu en brèche. On ne devrait pas faire la sortie sud autoroutière de Charleroi. Le beau rêve d'une liaison nord-sud s'arrêtera à Mariembourg nord. Au-delà, la belle autoroute deviendra un goulot d'étranglement, perturbant l'utilité internationale d'un tronçon d'autoroute entre la frontière française et Frasnes-lez-Couvin.

CONCLUSION

Nous l'avions déjà écrit en son temps: la Région wallonne a merdé dans ce dossier. En s'emmêlant les pinceaux dans les procédures pourtant imposées par elle. En traînant pour apporter des garanties à ceux qui ont contesté le projet. En n'introduisant pas les dossiers dans les temps. En négligeant le travail, au point d'oublier des pages dans un dossier soumis à consultation publique. Ou au point d'oublier un résumé pourtant légalement nécessaire. Ce ne sont que quelques exemples... Ce dossier pourri est un fouillis consternant d'erreurs, d'hésitations, de fausses promesses et de mauvaises anticipations.
Et le malheur, c'est que ce passé désordonné à en pleurer n'a pas porté ses fruits. On n'en a pas tiré les leçons, on n'a pas rectifié le tir. Et on continue de plus belle...

Le contournement de Couvin, un dossier pourri mal barré? Assurément, et c'est le moins que l'on puisse écrire!

BERNARD THEIS  

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