04/07/2012

Couvin: des travailleurs sociaux et culturels s'indignent

TSI.JPGLe 15 mai dernier, à l'occasion d'un débat "bilan communal" que la télévision communautaire Canal C consacrait à Couvin, la présidente du CPAS, Jehanne Detrixhe (MR), a suggéré que l'on fasse des choix en ne considérant plus comme des priorités les services sociaux tels que le Plan de Cohésion Sociale ou le Plan HP. "Il y aurait une économie de près de 150.000 € à faire", dit-elle. Les travailleurs sociaux et culturels des services non-communaux s'indignent et réagissent: les chiffres ne sont pas exacts et le travail social ou culturel ne peut se résumer à une balance financière.


On pourra voir et écouter les propos de Jehanne Detrixhe et les réactions qu'ils ont sucitées en re-visionnant le débat de Canal C au moyen du lien ci-dessous. Si vous ne voulez pas re-visionner tout le débat, allez à la minute 35:00.

http://canalc.be/index.php?option=com_content&view=ar...

Jehanne Detrixhe est claire, ce qui ne veut pas dire qu'elle ait raison (lire notre analyse ci-dessous). Mais pour elle, des économies substantielles, de l'ordre de 150.000 € pourraient être réalisés si les élus avaient le courage de considérer que ces services sociaux, tels que le Plan de Cohésion Sociale ou le Plan Habitat Permanent, ne sont plus des priorités. L'argent récupéré pourrait être affecté "par exemple à des structures pour les aînés ou à la bibliothèque", a-t-elle déclaré.

Des travailleurs sociaux et culturels couvinois s'indignent: "Nous souhaitons réagir quant à ces déclarations et rectifier les chiffres en question. De plus, nous estimons que réduire le travail socio-culturel à un aspect financier tient à nier la plus-value de l'action quotidienne menée au profit de l'entité et de ses citoyens", souligne Xavier Dupuis, coordinateur du CIAC, au nom des travailleurs concernés. "Les difficultés rencontrées par ces secteurs sont que le résultat de leurs actions ne sont pas perceptibles au premier coup d'oeil. Si nous ne pouvons quantifier facilement l'impact de ces dispositifs, cela ne signifie pas pour autant qu'ils n'existent pas. Outre l'apport direct aux personnes qui bénéficient de l'action, les services sociaux et culturels contribuent également à renforcer la sécurité et le bien-être de tous les citoyens et c'est pour cela que la commune de Couvin a fait le choix d'investir dans ces secteurs depuis plusieurs années", poursuit-il.

Ces services couvrent des domaines qui ne sont justement pas assurés par les circuits traditionnels tels que la CPAS: jeunesse, petite enfance, adolescence, santé, logement, éducation permanente, accès à l'emploi. Avec pour intentions conductrices, la dignité et l'accès des citoyens, notamment les plus précarisés, à des droits fondamentaux.

Quant aux chiffres: dans la commune de Couvin, 19e la plus pauvre de Belgique avec un taux de chômage de 25,70 % (il est de 17,60% en Région wallonne), 13 services sociaux et culturels sont organisés en dehors de la Commmune. Cela représente 38 travailleurs et une charge, pour la commune de Couvin, de 98.524 €. Une nuance significative par rapport à ceux annoncés par Jehanne Detrixhe.

 

Notre analyse, notre opinion

1. L'investissement fait par Couvin en faveur de ces services résulte d'une adhésion à des projets initiés par d'autres niveaux de pouvoir, tels que la Région Wallonne ou la Communauté Française. Si Couvin a adhéré à ces propositions, c'est parce que ces dernières répondaient à une réalité de terrain non comblée par les institutions traditionnelles, et singulièrement le CPAS.
Le travail mené par ces services n'est pas terminé, loin de là: les besoins existent toujours, ils n'ont pas été comblés. Et hélas, ils ne feront que s'amplifier, compte tenu de la paupérisation croissante de la société, à laquelle Couvin n'échappe pas.

2. Il y a dans l'intention de Mme Detrixhe comme une indécence: en s'en prenant à ces services qu'elles verrait bien supprimés, elle s'en prend aux personnes les plus vulnérables, les plus précarisées, les plus exclues de la société.

3. Le travail social et culturel ne peut se résumer à une balance financière. D'autres communes -il ne faut pas chercher bien loin- adoptent une vision plus humaine de la réalité, en acceptant comme bénéfices des valeurs et des plus-values qui ne se chiffrent pas en monnaie sonnante et trébuchante: la dignité, la santé, les droits fondamentaux, l'éducation, l'accès au bonheur, l'égalité, la solidarité.

4. Supprimer ces services, c'est illico amener les populations concernées à solliciter d'autres formes d'aides que la société deva supporter d'une manière ou d'une autre. On va retrouver ces gens au CPAS. C'est ouvrir la voie à des formes de délinquance avec des effets néfastes sur la sécurité des citoyens.

Notre conclusion: les travailleurs sociaux et culturels de Couvin ont bien raison de s'indigner ! On peut même leur suggérer de mieux faire connaître au grand public le travail qu'il font, salutaire, solidaire... Et bienvenu.

BERNARD THEIS

Commentaires

Cela ne m'étonnes en rien du CPAS de couvin, lui qui a perdu des procès à la chaine pour refus de payement (exemple parmi d'autres de ce qui arrive lorsqu'on confie l'aide sociale à la droite...).

Écrit par : Toine l'ardennais | 04/07/2012

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